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26 novembre 2014

Mémoires secrètes d'une poupée – Silvina OCAMPO

 

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Mémoires secrètes d'une poupée se compose de trente six nouvelles écrites par Silvina Ocampo.

L’auteur sait capter l’attention du lecteur : sa méthode ? la première phrase de chaque nouvelle (le titre du recueil est le titre de l’une d’elle), qui surprend et provoque la curiosité, et bien sur le style de l’auteur. La preuve par cette sélection de premières phrases de début de nouvelles… :

« Je suis, pensait-elle, comme un arbre sans beauté ; les marques laissées par le temps s’effacent mais les marques des marques sont pires.» - LE MASQUE

« Tout compte fait, en quarante ans d’existence, ce n’est pas beaucoup : aimer dix huit fois ce n’est pas une preuve d’inconstance ni de manque de sérieux. C’est seulement la preuve qu’il est impossible de vivre sans amour.» - J’AI AIME DIX HUIT FOIS MAIS JE NE ME RAPPELLE QUE DE TROIS AMOURS

« Le Destin était l’une des boulangeries les plus propres et les mieux tenues du quartier. Il aurait mieux valu pour moi ne jamais la connaitre. » - LE DESTIN

« Il y a longtemps que la vie me traite comme une petite fille traite sa poupée, avec des attentions qui ne sont que des passe-temps. » -   MEMOIRES SECRETES D’UNE POUPEE.

Les nouvelles peuvent être lues dans le désordre, un livre donc qu’on peut lire à son rythme si on dispose de peu de temps !

 

13:24 Publié dans NOUVELLES, ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker

08 avril 2014

L'Embellie - Audur Ava OLAFSDOTTIR

islandeL'histoire d'une femme totalement spectatrice de sa vie qui a des idées préconçues sur la maternité et la vie en général :

« Les mères n'ont qu'une chose en commun : ce sont des femmes qui ont couché avec un homme au moment de l'ovulation sans prendre les précautions adéquates. Pas même besoin de le faire deux fois, en tout cas avec le même homme. (...) Etre mère, c'est se réveiller le matin, faire de son mieux puis se coucher le soir en espérant que tout ira pour le mieux » .

« Les parents sont fatigués, ils ne se parlent pas, ils ne se retrouvent pas, ils ne voient ni l’épilobe arctique ni le glacier à cause des gosses qui sont malades à bord. Dans le maquis du terrain de camping, ils disparaissent à tout bout de champ et il n’y a pas moyen de feuilleter tranquillement son dictionnaire de synonymes devant  sa tente parce qu’on est tout le temps sur le qui-vive, à ce que j’imagine.  (…) En se concentrant au degré ultime, on doit pouvoir lire deux pages d’affilée. Sauf qu’un silence suspect règne autour de l’enfant : il a sans doute le hochet coincé dans la gorge. C’est pourquoi il faut aller vérifier toutes les quatre lignes.  On est tout le temps en train d’ôter au petit son pull-over, soit de lui remettre, d’enfoncer Barbie dans son collant et ses escarpins en strass, de chercher les clés de la porte d’entrée avec le marmot endormi dans les bras».

« Beaucoup d'événements lourds de conséquences peuvent advenir dans la vie d'une femme en moins d'une journée. La plupart des erreurs se font en un instant, se mesurent en secondes, mauvais virage, pied sur l'accélérateur au lieu du frein, ou l'inverse. Les erreurs sont rarement le résultat d'un enchaînement de décisions logiques ; par exemple, une femme peut être à un cheveu d'aimer absolument, être même à l'extrême bord, sans y avoir réfléchi une seule minute ».

Lucide sur elle-même, la narratrice accepte avec fatalisme les événements qui se présentent à elle. Un jour elle se voit confier par sa meilleure amie hospitalisée la garde d’un petit garçon de quatre ans. Elle décide de partir avec l’enfant faire le tour de l’ile par la route (unique nationale) qui encercle l’Islande… C’est alors que ses idées préconçues sur les enfants voleront en éclat…

Un style très différent de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent. Un peu fouillis parfois cependant. J’ai bien aimé l’idée du rajout des recettes qui sont regroupées à la fin du livre (rédigées avec un style décalé et plein d’humour il va sans dire... !).

 

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02 avril 2014

Ma grand-mère russe et son aspirateur américain - Meir SHALEV

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Roman en bonne partie autobiographique.

Attention, il faut aimer le style Woody Allen pour en apprécier les notes d’humour si vous voulez plonger dans cette saga familiale israélienne. Sinon n’ouvrez pas le livre !

L’auteur, israélien, met en vedette sa grand-mère Tonia,  personnage haut en couleur, caractérisée par son obsession maladive de la propreté, par son mauvais caractère, par son aversion de tout ce qui vient des Etats-Unis :

"Mais la manucure incarnait un symbole négatif, le pire de tous, car elle s'appliquait aux doigts, aux mains industrieuses vouées à labourer, bêcher, semer et construire. Les mains des pionniers que la révolution devait arracher à la plume, au commerce, à la casuistique talmudique pour les renvoyer aux outils et aux travaux des champs..."

et aussi pour toujours prononcer sa phrase fétiche avant de raconter des faits : 

« Alors, voilà… Les choses se sont passées ainsi … »

Le seul membre de la famille qui a choisi d'émigrer en Amérique envoie à la grand-mère un aspirateur surnommé « sweeper », objet alors inconnu dans ce village d’Israël, mais la grand-mère se méfie…et à raison lorsqu’elle découvre avec stupeur que la saleté n'a pas disparu de chez elle puisque caché dans le sac de l’aspirateur dans sa maison ! : Immédiatement enfermé dans la salle de bains l’aspirateur sera enfermé durant quarante années avant de se retrouver dans la vitrine d’un magasin d’électroménager… aux Etats-Unis…

En vérité je vous le dis, Woody Allen pourrait faire une adaptation cinématographique de cette histoire : ça lui irait comme un gant !

10:45 Publié dans BIOGRAPHIES, ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker

04 août 2013

La Liste de mes envies - Grégoire DELACOURT

 

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Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, mariée à Jocelyn Guerbette et mère de deux enfants, se contente de sa petite vie et pourtant la liste de ses envies pourrait noircir des pages entières… Alors, le jour où elle gagne au Loto (18.547.301,28 euros), elle est tiraillée entre sa crainte de ne plus être aimée pour elle-même et sa liste d’envies à satisfaire… finalement elle choisit de  cacher le chèque et de ne révéler la situation à personne…

Sauf que, quelqu’un trouve le chèque ; or c’est bien connu : l’argent rend fou...

S’ensuivent des rebondissements stupéfiants dans la vie de Jocelyne qui renait de ses cendres et devient une autre femme après « la trahison ».

Le traître veut revenir mais une femme trahie ne pardonne jamais et quand elle tourne la page c’est pour une vie meilleure !

Extraits choisis :

Sur sa fille :

« Elle gardait les mots en elle, comme s’ils étaient rares. Nous conjuguions le silence elle et moi : regards, gestes, soupirs en lieu et place de sujets, verbe, complément. »

Sur son mari :

« La finesse, la légèreté, la subtilité des mots, il ne connait pas bien. Il n’a pas lu beaucoup de livres, il préfère les résumés aux raisonnements ; les images aux légendes. Il aimait bien les épisodes de Columbo parce que dès le début, on connaissait l’assassin ».

Sur son amant qui deviendra l’Amour de sa vie avec un grand A :

« Il est beau. Comme Vittorio Gassmann dans Parfum de Femmes. Alors je tends mon visage vers le sien, mes lèvres cherchent les siennes et les trouvent. C’est un baiser rare, inattendu .(…) Notre baiser est mon ravissement, ma vengeance ; il est tous ceux que je n’ai pas eues, ceux de Fabien Derôme, celui de mon timide cavalier de « l’Eté Indien », celui de Philippe de Gouverne que je n’ai jamais osé abordé, ceux de Solal, du prince charmant, de Johnny Depp et de Kevin Costner d’avant les implants, tous les baisers dont rêvent les filles, ceux d’avant ceux de Jocelyn Guerbette».

Roman surprenant, écrit par un homme, maniant à la perfection le ressenti d’une femme et la psychologie féminine. Le style de l’auteur à la fois acide et tendre sait mettre en évidence avec lucidité la noirceur de la nature humaine et ses petites lâchetés du quotidien.

Un livre étonnant à lire d’une traite en cette période estivale !

15:51 Publié dans ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker

18 mai 2013

MON COURONNEMENT – Véronique BIZOT

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Ce roman d’une centaine de pages est un ravissement littéraire : le style déjà, jamais ennuyeux ni ampoulé, et puis la narration car on s’attache rapidement à  ce vieux scientifique qui reçoit un prix pour ses travaux sur le tard. « Son couronnement » comme il appelle ce prix avec une délicieuse ironie, ironie que l’on retrouve dans toute sa réflexion sur la vie  de vieux monsieur misanthrope qui ne souhaite qu’une chose : c’est qu’on le laisse tranquille, lui « qui n'attend plus grand-chose de la vie ».

A lire absolument !

Extraits choisis :

« La plupart du temps, au terme d'hypothèses cent fois hasardées et d'observations cent fois répétées, tout ce que nous parvenions à comprendre c'est comment ça ne marchait pas. »

« Ce rire qu’elle a émis, plein de vanité, totalement dénué d’égards pour ses invités, je l’ai trouvé parfaitement détestable et haïssable. »

« Il est évident que chez un cerveau trop brillant, la pratique des mathématiques, et particulièrement de la logique , s’avère redoutable pour la santé mentale, ce sont, depuis l’origine des mathématiques, des centaines de mathématiciens et de logiciens, que leur obsession des mathématiques et de la logique a conduits soit au suicide, soit à l’asile, aussi peut on être certain que Schenker, là où on l’a enfermé, a été accueilli par quantité de confrères… »

« Passé quatre-vingt ans, la vie parait différente lorsqu’on a quelqu’un avec soi, les gens qui viennent en face ne se précipitent pas sur vous comme s’ils voulaient vous éliminer de la surface de la terre, ils ralentissent puis s’écartent, et parfois même vous accorde un regard ».

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22 août 2012

Les raisons de mon crime – Nathalie KUPERMAN (*)

Les-raisons-de-mon-crime.jpgCe qui résonne en fond de tache à la lecture de ce livre, c’est le leitmotiv sempiternel : « elle meurt par là où elle a péché »  donnant  le ton fataliste de ce roman qui exprime avec beaucoup de cynisme toute la précarité de la condition humaine et plus particulièrement  la  complexe relation entre les femmes d’une même famille.


Quand Marianne en raconte sur sa cousine «Martine», sur sa mère sorte de «Folcoche» ou encore sur sa tante qu’elle surnomme «Biquette», on ne peut s’empêcher de penser que le syndrome de la névrose intergénérationnelle n’est pas loin…


Extraits :


« Que c’est dur de regarder Martine parler à Biquette. Un surnom de chèvre que maris, enfants, parents, amis ont adopté avec bonne humeur jusque devant sa tombe et par-delà la mort. »


« Je demandais à ma grand-mère : Pourquoi personne n'aime personne? Mais tout le monde s'aime! me répondit-elle avec enthousiasme. Les larmes et les cris, c'est la preuve qu'il y a de l'amour ! »


« Elle me tapait parfois sur l'épaule en jurant qu'elle allait me dégrossir. J’étais maigre comme un clou et ne comprenais pas le sens du verbe "dégrossir", mais j'étais prête à devenir plus maigre encore pourvu qu'elle pose sur moi un regard aimant. »


« Je ne suis plus appelée par personne. Je tombe dans l’oubli. Je m’en réjouis, pour ne pas m’en désespérer ».


Marianne a les éclairs de lucidité de l’alcoolique dans ses errances éthyliques et surprend tant par la cruauté des situations ordinaires qu’elle décrit  que par son  aisance à  afficher de la hauteur dans son analyse glacée des relations humaines.


Mais l’auteur est passé maître dans l’art de la diversion et au final on comprend pourquoi le crime avait sa raison d’être…


(*) Prix de la Closerie des Lilas 2012

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25 novembre 2011

TACHE DE NE PAS DEVENIR FOLLE - Vanessa SCHNEIDER

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Quand j’ai lu le résumé, je me suis dit « «encore une histoire de famille… » et puis j’ai lu au hasard quelques passages du livre :

 - « J'écoutais à la porte, mais je ne percevais que des bribes de phrases, des mots qui m'effrayaient comme « sevrage », « délire », « lithium », « électrochocs ». »
- « Très vite, Marthe se révéla être une petite fille étrange. »
- « Elle ne parlait jamais des folies de son passé, mais son corps portait des traces de ces excès. - Les pères, le vrai et le faux, étaient morts depuis longtemps, il était trop tard de toute façon. »
- « Marthe ne sut pas comment réagir au décès de son mari. Elle chercha en vain de la tristesse au fond d'elle-même. Elle n'y trouva que de la peur. »

Bien sûr, j’ai acheté le livre et j’ai eu plaisir à parcourir cette histoire jamais ennuyeuse ni ennuyante. L’histoire d’une femme (Marthe ou Ohé selon les passages du livre) au caractère indépendant dont la seule folie est sa quête désespérée d’amour.

Vanessa SCHNEIDER journaliste politique, peut se vanter de posséder un style agréable et fort en image : c'est surtout dans les détails de la vie intime de Marthe, que l’histoire gagne en profondeur.

 

 

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20 octobre 2010

FIRMIN : AUTOBIOGRAPHIE D'UN GRIGNOTEUR DE LIVRES - SAM SAVAGE

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Un rat qui survit malgré les tentatives des humains pour le supprimer c'est déjà rare mais un rat qui pense par ses émotions et ses lectures c'est encore plus rare...

Donc Firmin, rat de son état, observe beaucoup, non ses congénères mais le genre humain, avec lequel il cherche à communiquer par tous moyens, s'entichant d'un libraire (qui essayera de le tuer malgré l'affection indéfectible que Firmin lui porte) ou encore d'un hippy allumé (avec lequel il passera d'ailleurs une grande partie de son existence).
On comprend mieux en lisant ce livre l'expression "être un rat de bibliothèque" sauf que dans le cas de Firmin on dirait plutôt qu'il est un rat de librairie (qui va jusqu'à s'identifier au libraire qu'il observe des heures durant)  ! Ce livre raconte donc son histoire, son amour de la lecture ainsi que ses péripéties avec le genre humain qui ne manquera jamais de lui rappeler sa triste condition de rat.

Le comique de situation dans ce livre est qu'en plus du style qui est d'un humour décalé et surprenant, il ne faut jamais perdre de vue que c'est un rat qui s'exprime ici, et qu'il est amusant de noter quelques caractéristiques fortes dans la personnalité de Firmin, prenons quelques citations qui expliqueront mieux que je ne le ferais l'intérêt de cette histoire ... :


Imagination galopante

"Si ma connaissance du prétendu monde réel est assez restreinte, en revanche, j'ai beaucoup voyagé dans ma tête, chevauchant mes pensées d'un bout à l'autre de la planète. Lors d'un de ces périples, j'ai rencontré un homme dans un bar qui m'a raconté son enfance à Berlin jusqu'à la fin de la guerre."

"J'ai toujours été du genre rêveur. Vu ma situation, comment aurait-il pu en être autrement ? Mais je savais aussi garder les quatre pieds bien sur terre en cas de nécessité."

"Moi aussi j'abattais ma part du travail. Le magasin tournant au ralenti, j'avais plus de temps à consacrer à la structure de mes rêves. Certains étaient aussi gros que des romans. Une seule scène pouvait m'occuper des jours. Un pique nique sur Revere Beach par exemple. Ca serait l'été 1929, le marché de actions est sur le point de s'effondrer et tout le monde l'ignore. Que portent les personnages ? Quelles chaussures ? Quels sous vêtements ? Quelle coupe de cheveux ? Quelle marque de voiture ? Les sièges sont ils confortables ? Combien coûte l'essence ? A-t-on emporté un livre ? A quoi sont les sandwiches ? comment les a-t-on emballés ? Quelle est la marque des cigarettes ? De soda ? Quel est cet oiseau qui chante ? Que cache cet arbre ? Aujourd'hui, répondre à ces questions serait d'une simplicité biblique. Je me suis déjà imaginé en Chine sous le règne des Tang, à Machu Picchu ou encore au soixante-treizième étage de l'Empire State Building."


Humour cynique

"Si des études littéraires servent à quelque chose, c'est bien à appréhender le funeste. Par ailleurs, rien ne vaut une imagination foisonnante pour ébranler votre courage. J'ai lu le journal d'Anne Frank, je suis devenu Anne Frank."

"Les deux hommes se serraient la main mais sans se regarder - trop occupés à sourire au photographe."

"Ne pas mettre à la portée des enfants ou des animaux domestiques" : Ces mots sont cruels pour quelqu'un qui s'était brièvement imaginé qu'il était peut-être les deux à la fois."


Humour et Ego décalés

"Très vite, j'ai pu m'envoyer un livre de 400 pages en une heure, m'avaler Spinoza en un jour."

"Est il possible que moi, malgré mon invraisemblable apparence, j'aie une Destinée ? me demandais-je ?"

"Pourtant, en dépit de ces défauts - à moins que ce ne soit grâce à eux - j'ai pu rencontrer un tas de gens merveilleux dont bon nombre de génies, alors que j'en étais encore à mes balbutiements. J'entretenais des conversations avec tous les Grands. Dostoevski et Strindberg par exemple. Parmi eux j'étais à prompte à discerner les compagnons de souffrance, les hystériques comme moi. Et d'eux, j'ai retenu une leçon très précieuse : le degré de folie n'est pas proportionnel à la taille."

"C'est ainsi que j'ai pu me remettre à l'aspect commercial du métier du livre."





20:10 Publié dans ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker

06 août 2010

MON CAS PERSONNEL - Ilan Duran Cohen

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Alain Conlang est un oisif, or l'oisiveté fait faire n'importe quoi : il en sait quelque chose.

Pour échapper au vide de sa vie et à sa dépendance aux autres, il décide d'inventer une méthode pour survivre aux ruptures amoureuses. Mais cette méthode, ses proches finiront par s'en servir contre lui et finalement il se retrouvera encore plus face à lui même qu'avant !

 

Un style efficace, des tournures de phrases et des raisonnements surprenants ainsi qu'un humour décoiffant... J'ai lu ce livre comme j'aurais lu un journal de confidences inavouables : avec curiosité et amusement !

 

Quelques passages amusants :

 

"...mais entre mes actions et mes intentions il ya la mer et je ne sais pas nager."

 

"J'avais besoin d'air. J'avais besoin d'en parler à ma mère qui aurait adoré débattre de ce genre de folie. Je tiens d'elle cette attirance pour les projets extraordinaires jamais réalisés, irréalisables, retenus au stade du fantasme, étouffés dans le silence, attirance que nous devions aussi à mon père qui, depuis toujours horrifié par un éventuel dérapage de notre parfait petit trio, avait décidé que sa timidité maladive serait la norme familiale."

 

"Il me fallait d'abord une méthode. Le monde adore les méthodes et je n'en avais pas. Il fallait que je puisse l'écrire sur papier, la diffuser, la nommer. Bref, il me fallait une méthode."

 

"Ma première décision d'entrepreneur fut de ne pas tenter d'expliquer l'inexplicable."

 

"Hervé commence à me prendre au sérieux. Depuis quelques temps, il me regarde différemment. Il n'arrête pas de me dire, tu m'impressionnes, ce qui signifie que nous baisons beaucoup moins."

 

"Prétentieux comme je peux l'être dans ce genre d'environnement, je m'attendais à des éloges." ... "Le bonheur est dans ma méthode. J'en suis persuadé. Elle m'a été transmise par Dieu."

 

"En la regardant m'enserrer, je me demande pourquoi j'attire ces opportunistes qui vivent utile, qu'est ce qu'ils me trouvent, ils ne me convertiront jamais à leur terrifiante raison, qu'est ce qu'ils me trouvent. C'est peut être moi qui suis irrémédiablement attiré par leurs détournements, vers la lumière de leur réalité."

 

14:08 Publié dans ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker

16 mai 2010

DE CA JE ME CONSOLE - Lola Lafon

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Emylina vit en marge de la société de consommation et le revendique haut et fort dans le choix de vie qu'elle fait : elle danse, elle ne travaille pas, elle observe ses contemporains d'un œil posé, mesuré et parfois cynique.

Trois thématiques s'alternent en permanence dans son roman, son enfance en Roumanie, son amitié particulière avec une belle italienne et l'assassinat de son patron dans lequel est elle soupçonnée...

Titres de chapitres qui parfois ne font que 2 ou trois pages qui résument bien l'esprit de ces derniers :

"Les parents mentent puis ils meurent..."

"Ce que deviennent les gestes"

"Qu'est ce que tu fais ?" (sur le travail)"

...

Extraits choisis

:

"Il suffit parfois de s'intéresser à quelque choses pour en retrouver les signes déclinés partout ailleurs, comme des preuves. Moi j'étendais ces histoires de trottoirs d'école primaire un peu plus chaque jour. Ainsi, le métro."

...

(Sur le travail)

- "Qu'est ce que tu fais ?"

"D'autres, au contraire, m'avaient écoutée en silence et m'observaient religieusement comme si j'avais pris le chemin du sacré"

- "Tu as de la chance, ils me soupiraient, tu as du courage..."

"Je ne voyais pas bien ce que le courage venait faire là-dedans. Je ne voulais pas exploser en cours d'existence ou me convaincre de respirer un peu moins souvent, voilà. C'est juste un arrangement avec les CHOSES, un calcul, je leur disais. Accorder le minimum de temps à ce qui m'ennuie."

"Je sentais toujours un agacement monter dans la conversation. Je venais de dire que je passais mon tour, peut-être pour toujours. Et apparemment, le fait que je ne joue pas avec tout le monde dans la cour, cette soustraction volontaire, si je ne travaillais pas, rendait les choses plus lourdes pour les autres. Il restait tout ce travail pénible en trop pour eux, pendant que moi j'allais prendre un cours de danse classique".

- "Et si tu as des enfants un jour ?"

"Cette indignation quand je disais que je n'avais pas ce désir, donc pas besoin d'y résister..."

....

"Chateaubriand me fait rire, avec son air d'écrivain L'Oréal posant les cheveux au vent au bord d'une falaise"

...

"Tout ce que je prononçais comme désir, tu le fabriquais en vivant"

...

"J'aimais te raconter, je veux dire parler de toi aux autres. Ca raccourcissait le temps qu'il me restait à être seule, avant de te revoir le soir. Je racontais notre rencontre, ce que tu disais, ton accent, tes progrès en français."

...

"On était en octobre, je ressassais pas mal. J'avais des accès de colère contre toi, comme des éclats que taguaient ma conscience"

...

 

Cette histoire écrite dans un style enlevé, moderne et actuel se lit avec entrain et bonne humeur...Si vous avez envie d'un bouquin qui fait rire, choisissez celui-ci, qui aère bien les cheveux !

 

 

 

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03 décembre 2009

Des bibliothèques pleines de fantômes - Jacques BONNET

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Quelle est la fonction du livre : l'accès au savoir ou à l'imaginaire ? Pour qui constitue une bibliothèque se pose toujours la question du classement : par quel critère ? thématique, alphabétique ? par genre ? par collection ? Peut-on faire cohabiter sur une même étagère et de suroit côte à côte deux auteurs qui se détest(ai)ent ?

Voila autant de questions que Jacques Bonnet soulève dans son excellent livre "Des bibliothèques pleines de fantômes".

Bibliothèques pleines de fantômes sans doute parce que les auteurs des livres savent que même passés de vie à trépas leurs personnages leur survivent.

Jacques Bonnet s'imagine ainsi propriétaire d'une bibliothèque de 20.000 ouvrages et nous entraine dans les labyrinthes de son esprit de lecteur forcené... ainsi que dans son rêve de confrérie littéraire élitiste (notez au passage que c'est plus ou moins un pléonasme !).

Apologie de la lecture : "La lecture démultiplie notre réalité forcément limitée. La liberté se trouve à portée de main, il s'agit de lire, de lire encore et encore, pour espérer échapper à son destin. L'ennui de l'enfance ne peut être combattu que par le sport et la lecture".

"Evasion et connaissance, tout cela passa par les livres. Il m'en est resté une reconnaissance éternelle, une sorte de dette morale à leur égard que je n'ai toujours pas fini de rembourser".

Un cri d'amour donc que ce livre qui se lit d'une traite et qui fait sourciller d'étonnement en étonnement !

11:41 Publié dans ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker

La grande peur dans la montagne - Charles Ferdinand RAMUZ

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Ce roman, bien qu' écrit en 1925 par Charles Ferdinand Ramuz, écrivain suisse, est digne de figurer dans les meilleures oeuvres de littérature régionale aujourd'hui tant la description des personnages bien fouillés, à la psychologie crédible, sont une représentation synthétique intemporelle du monde tel qu'il est et a toujours été.

L'histoire : Un alpage abandonné dans les Alpes depuis une vingtaine d'années suite à des morts inexpliquées revient à l'ordre du jour par la voix du président du Conseil Général qui convainc une partie des habitants de son village que c'est de l'histoire ancienne. La résolution est adoptée à une grande majorité : les pâturages sont alors loués et quelques hommes montent au chalet avec un troupeau. Mais l'histoire semble se reproduire et rapidement des morts étranges frappent les hommes et le troupeau...

Mon avis : La force de la narration de l'auteur, la simplicité du langage ainsi que la richesse des détails permettent de ressentir l'ambiance et les situations avec beaucoup de réalisme.

L'atmosphère est inquiétante et la toile de fond est toujours teintée de nuages noirs, de vents bruyants, de silences assommants, de bêtes nerveuses...La nature se met au diapason des drames humains (ou est-ce l'inverse ?)

"mais il a semblé à ce moment à Joseph que le jour baissait, comme si un nuage était venu se mettre entre le soleil et eux", "il cherchait cette différence car il y avait quand même dans l'air cette différence".

Ce style synchro-variations nature/sentiment ne va pas sans rappeler le "Moderato Cantabile" de Marguerite Duras écrit en 1958.

Ce roman, qui se lit d'une traite tant il est prenant, s'adresse avant tout à notre peur, communicative, et qui nous empêche d'être rationnel en vue d'agir efficacement. Elle nous rappelle qu'en cas de drame, la tendance du groupe est de chercher un coupable. Et surtout, ce roman nous montre que c'est toujours la nature qui a le dernier mot :

"c'est que la montagne a ses idées à elle..."

11:39 Publié dans ROMANS | Lien permanent |  Imprimer | Albane Parker